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L’identité landaise

Pourquoi se sent-on Landais ?


Quels caractères culturels suffiraient aujourd’hui à distinguer l’habitant des Landes de Gascogne des autres hommes ?

Berger landaisS’interroger sur l’identité landaise, c’est se confronter à un effondrement. Les fondements culturels locaux sont à ce point appauvris que nous utilisons pour cristalliser notre différenciation, une figure évanouie depuis un siècle de la réalité du territoire : le berger sur échasse, presque toujours associé au pin ad absurdo, puisque l’expansion irrésistible de l’arbre, à partir de 1857, a précipité la disparition du pasteur et de ses landes de parcours. Félix Arnaudin avait raison de craindre pour les siens et son cher vieux pays le mouvement qui, à partir du Second Empire, institua la forêt landaise dans sa forme actuelle.

Beaucoup ont motivé son gigantesque travail de collectage par un attachement au passé et à un vieil héritage culturel, constitué durant son enfance bouheyrote. Singulière par son anachronisme en son temps, cette attitude, parce qu’elle est devenue aujourd’hui prosaïque, ne suscite plus le questionnement. Mais réduire l’œuvre du pec de Labouheyre à la simple résultante d’une nostalgie envahissante, c’est peut-être, à l’inverse d’Arnaudin, se montrer digne du surnom dont ses contemporains l’avaient gratifié. Ainsi n’aurait-il pas pu, dans une préfiguration ethnologique à laquelle manqua un peu de temps pour élaborer une vaste synthèse, s’attacher à décrire par les mythes, les chants, les paysages… les ressorts intimes de la représentation et de la structuration du territoire ainsi que de la société landais, par ses natifs ? N’aurait-il pas souhaité en montrer toute l’intelligence, tout l’esprit créatif avant sa disparition sous la morgue d’un esprit nouveau, arrivé en pays conquis et pour qui les réalités culturelles locales représentaient des arriérations par rapport à une démarche rationnelle et progressiste revendiquée ?

Sans le travail de Félix, aurions-nous seulement la possibilité de prendre conscience de notre agonie culturelle ? Pourrions-nous constater que désormais, en guise de symboles substitutifs, le Landais tel un porte-bois, couvre sa cachexie par de pauvres oripeaux bigarrés, jetés de l’Ibérie voisine (les couleurs des férias, le taureau andalou…) ? Oui, nous nous sommes réduits à ne plus nous connaître, à vivre en étranger sur un territoire ou naguère nos prédécesseurs composaient admirablement avec le sol et les éléments.

Il faut donc réapprendre à être, puisque nous ne savons plus vraiment qui nous sommes. Il nous faut réapprendre à comprendre et en premier lieu, pour ce faire, il faut que la langue qui fit sens pour la lande, le gascon, soit à nouveau signifiante aux Landais. « Au commencement était le Verbe ». Sans ce (re)commencement, nous ne pourrons réellement renaître.

Hervé GOULAZE
Parc naturel régional des Landes de Gascogne


 

Félix Arnaudin

Biographie de Félix Arnaudin

Paysages à travers la photographie de Félix Arnaudin

 
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