Retour à l'index Nos liens Contactez-nous
arnaudin.png
Biographie de Félix Arnaudin

altAvec Simon Amaudin, plus couramment appelé Félix, né à Labouheyre le 30 mai 1844 et décédé en ce même lieu le 6 décembre 1921, c'est la première fois que la Grande-Lande était décrite, non par un voyageur ou un écrivain en quête de pittoresque, mais par un érudit autochtone. Félix était l'héritier d'une de ces nombreuses lignées de laboureurs, de "paysans", qui ont mis en valeur les vastes étendues de landes et qui ont défriché les anciennes forêts de feuillus pour y installer leur champ, et créer ce type d'habitat si particulier: le quartier. C'est dans le quartier du Monge que naquit Félix, propriété dans laquelle s'étaient installés ses parents, après le mariage de son père Barthélémy, en 1843, avec une riche héritière de Labouheyre, Marie-Thérèse Bacon, qui porta en dot les fonds nécessaires à l'acquisition de cette propriété.

Félix Arnaudin reçut une solide instruction secondaire au collège de Mont-de-Marsan qui lui permit de devenir un érudit estimé, non seulement de ses compatriotes, mais aussi de savants et d'universitaires, comme en témoigne une abondante correspondance, ainsi que bien d'autres documents.

Avec Félix Arnaudin, nous sommes bien loin des visions littéraires de la Grande-Lande, qui ont tendance à surévaluer des impressions fugitives ou erronées. L'observation d'Arnaudin est tout à fait différente. Elle est d'intention objective: sans le préjugé romantique qui fait surévaluer, sans le souci mercantile qui se contente d'évaluer, sans le dédain citadin et bourgeois qui porte à dévaluer une forme de vie rustique dont on rougit de tirer son origine. Arnaudin est assez intégré à son pays pour l'observer et le comprendre dans ses plus intimes détails, mais il en est aussi suffisamment détaché pour donner à sa quête la dimension d'une authentique démarche scientifique.

Arnaudin n'a pas eu besoin de partir vers des horizons lointains pour mener ses recherches; il lui a suffi de décrire ce monde alors inconnu qu'était la Grande-Lande: il n y a pas de pays, disait-il, qui en France, ait été plus dédaigné. On faisait plus que le dédaigner: on l'ignorait. Il est donc parti comme un explorateur, à la découverte de son propre pays. Il a voulu éprouver des expériences que seuls les bergers connaissaient, afin de consigner sur ses fiches d'enquête les observations les plus exactes. Il traversa à pied ou à bicyclette, de jour comme de nuit, les vastes solitudes des landes, et il les contempla en homme sensible, en poète et en historien. Ces aspects du paysage, publicistes et érudits de cabinet n'étaient pas allés les voir: géomètres et hobereaux chasseurs de lièvres ou de bécasses ne les avaient pas regardés; et ils étaient trop familiers aux bergers pour qu'ils éprouvent le besoin d'en parler, ou bien ils n'avaient pas les mots pour les décrire. Seuls leurs chants, ou les contes, pieusement recueillis par Arnaudin, en portaient le reflet.

A ces qualités d'authenticité, il faut ajouter le souci scrupuleusement respecté par Arnaudin de se soumettre aux contraintes d'une solide méthode de travail. Ce souci se manifeste d'abord dans l'établissement de questionnaires, préalablement à toute enquête sur le terrain. Tous les renseignements indispensables s'y trouvent réunis : nom de l'informateur, date et lieu de naissance, sa profession; dans le cas d'une fiche identifiant un objet, son nom en gascon, sa description, son lieu de fabrication, son origine, sa fonction, son usage, etc. Le même souci se manifeste encore dans la tenue régulière de nombreuses fiches ou surtout de répertoires tels que les répertoires photos. Une semblable rigueur se constate également dans le classement systématique de sa ,correspondance. Quant à la bibliographie d'un sujet, elle est totalement dépouillée.

Autodidacte curieux, Arnaudin a su également s'adapter à l'évolution des techniques, ce qui lui a permis de diversifier ses moyens d'investigation. A voir la façon dont sont conçues ses fiches d'enquête, il aurait infiniment apprécié d'user du magnétophone, et nous aurait certainement laissé des témoignages exceptionnels. Et s'il n'a pas davantage utilisé la caméra, il a su cependant utiliser toutes les possibilités offertes par l'appareil photographique, et il est devenu à la fois un technicien et un artiste incomparable en la matière. Les quelques 2 700 plaques photographiques retrouvées sont certainement le témoignage le plus original sur le support le plus « moderne» qu'il ait laissé sur la Grande-Lande. Posséder des plaques de verre dont les plus anciennes date de 1874, c'est rare. Posséder des images représentant des paysages de lande, de monuments, d'activités, d'hommes et de femmes qui ont aujourd'hui disparu, c'est encore plus rare. Mais posséder aussi le répertoire qui localise, date et décrit le sujet photographié, c'est exceptionnel. Cet ensemble de clichés n'est pas une série de photos cartes postales souvenirs comme d'autres ont pu en faire à la même époque. Il s'agit bien au contraire d'un corpus de clichés possédant son lexique, nous donnant· de précieuses informations sur des paysages, des monuments et des activités qui ont disparu.

L'approche ethnographique est la plus importante. Tout ce qui pouvait représenter le mode de vie de la lande landaise (entendez : la "grande-lande") le fascinait. C'est ainsi qu'en plus des plaques photographiques, publiées en partie seulement dans quatre ouvrages, il a recueilli des dizaines de contes et de chants, des centaines de proverbes populaires, sans oublier les milliers de mots de son Dictionnaire gascon. Mais Arnaudin s'est également intéressé à l'histoire et à l'écologie de son pays. Il nous laisse des données extrêmement rares, puisées dans des documents de première main.

N'imaginons pas cependant qu'Amaudin gardait en permanence la froide objectivité d'un chercheur en mission. Il a tenu un journal intime, commencé à l'âge de 17 ans et poursuivi jusqu'à sa mort, et rédigé de nombreuses pages, où il cherche à exprimer dans la précision et la sonorités des mots, dans la cadence des phrases, sa vision d'un paysage et d'une vie rurale qui s'évanouissaient sous ses yeux. Ces recherches d'harmonie de mots et de rythmes, souvent tirées de ses nombreuses lectures, notamment de celles qui décrivent des paysages de landes, sont consignées dans de multiples brouillons, et visent à rendre les impressions d'immensité de la lande, à en restituer les odeurs et les bruits, à décrire les visions de mirage du soleil de midi sur les parc, à peindre le rougeoiement du soleil levant sur les montagnes Pyrénées dans l'horizon lointain de sa chère lande de la Mouleyre ...

De ces pages, se dégage souvent un profond sentiment de la nature qui rappelle Chateaubriand. Elles ne font jamais penser cependant à un pastiche ou à exercice d'imitation, sur un mode littéraire. En effet, Arnaudin s'efforce de trouver des alliances de mots et des images originales pour exprimer l'infinie variété qu'il avait maintes fois éprouvée de ce "cher désert grand-landais", alors que les préjugés et les idées admises en proclamaient la monotonie, et l'accablante tristesse: "[ ... ] J'interroge le vieux pâtre. Debout, le regard perdu sur la nappe purpurine qui s'égrènent les troupeaux, il parle lentement dans la pénombre croissante du crépuscule. Autour de nous, partout rase et plane, la bruyère déroule éternellement son soyeux tapis rouge vif, teinté vaguement d'un menu gazon vert. Aucun mot, aucune image ne saurait rendre le charme prqfondément intime de cette rougeur virginale, sourire du désert, naïve idylle jetée dans les grandioses étrangetés de la solitude, au pied de ce parc esseulé qui domine l'espace et autour duquel l'imagination frappée évoque les simples et savoureuses scènes dont la lande garde le secret. JI y a entre la parole lente et grave du vieux pâtre et la poétique majesté de cette paix de la lande une harmonie visible et profonde .. on sent l 'homme familier des douces mélancolies du soleil couchant répandues sur le désert, et qui, lentement, inconsciemment, s'est imprégné de toutes les grandeurs de cette terre primitive, rendues solennelles par l'éloignement de toutes choses ... "

Les résultats de ces recherches, conduites selon cette méthode rigoureuse, et avec les moyens techniques les plus perfectionnés pour l'époque, Amaudin n'a pas eu le loisir, sinon la force de les réunir dans une œuvre entièrement élaborée et composée. En effet, il n'a publié, de son vivant, que trois ouvrages. Le premier, publié en 1887, contenait une dizaine de Contes populaires, choisis parmi ceux qu'il considérait comme les plus significatifs. Le second, publié en 1912, rendait compte de sa collecte de Chants populaires, et annonçait la parution incessante d'un second volume qui ne vint pas de son vivant. Le dernier, publié vers J 919, et consacré aux Choses de la Grande-Lande, annonçait également une suite qui ne parut qu'après sa mort! Mais il avait aussi achevé le manuscrit définitif des Proverbes.

Tels sont les "membra disjecta" de la grande œuvre à laquelle il a consacré toute sa vie. Toutefois , à considérer ses milliers de pages et de plaques photographiques, inédites ou partiellement publiées, nous pouvons "entrevoir quelles étaient l'ampleur, la portée et les grandes lignes de cette monumentale recherche, œuvre d'une vie, et selon les propres mots de Félix Arnaudin, "tribut filial à cette terre d'ensorcelante poésie" qu'il avait "tant aimée" ».


François Lalanne


[Extrait de Félix, index général des œuvres complètes de Félix Amaudin. Edition préparée et établie par François Lalanne. Parc naturel régional des Landes de Gascogne, éditions Confluences, 2007. pp. 9 à 14]


 

Félix Arnaudin

L'identité landaise

Paysages à travers la photographie de Félix Arnaudin

 
Copyright © 2007-2008 - Maison de la Photographie des Landes - Tous droits de reproduction réservés.

Motorisé par Joomla! logiciel libre sous license GNU/GPL

www.twod.fr